L’interdiction du film Exodus au Maroc et La liberté d’expression : Non à la censure !

Le droit de s’exprimer librement est en principe garanti par la loi marocaine et les

conventions internationales. Ainsi, au Maroc, la Constitution du 29 juillet 2011

dispose en son article 25 que « sont garanties les libertés de penser, d’opinion et d

expression sous toutes leurs formes ». De même, la déclaration Universelle des

Droits de l‘Homme du 10 décembre 1948 stipule que « Tout individu a droit a? la

liberté? d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas e?tre inquiété pour

ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de re?pandre, sans conside?ration de

frontie?res, les informations et les ide?es par quelque moyen d’expression que ce

soit. » Enfin, et de manière beaucoup plus forte et contraignante pour les candidats

censeurs, l’article 19 du pacte Pacte international de l’O.N.U

relatif aux droits civils et politiques conclu à New York le 16 décembre 1966 et

s’imposant au Maroc car ratifié par ce dernier, commande en son article 19 que « Nul

ne peut e?tre inquiétée pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté?

d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre

des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières,

sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son

choix ». Posons nous alors la question : pourquoi le film Exodus a-t-il été interdit si

nous avons théoriquement un droit à la liberté d’expression ? Sur quelle base

légale ? Nous savons communément que la liberté d’expression est très limitée au

Maroc et que le Royaume a récemment connu une très grande régression en la

matière aux dires même de grandes organisations internationales indépendantes

telles Human Rights Watch, Amnesty ou Freedom House. Cette dernière avait même

en la matière déclassé le Maroc en 2014 du statut de moyennement libre à pas libre

du tout. Nous avons tous à l’esprit les tristement célèbres affaires Nini et Anouzla,

par exemple.

Nous continuons donc, même après l’entrée en vigueur de la Constitution de 2011, à

disposer de lois pénales liberticides en totale contradiction avec la constitution et , de

façon plus importante, avec la convention de New York. Rappelons aux non juristes

que la constitution marocaine nouvelle, comme la plupart des constitutions

modernes, consacre le principe sacrosaint de la suprématie du droit international sur

le droit national. Cela veut dire que si un juge marocain veut évaluer la légalité de la

diffusion du film Exodus au Maroc, il doit le faire non pas seulement (comme il le fera

probablement) eu égard au droit pénal marocain mais aussi et surtout en

considération des conventions internationales ratifiées par la Maroc et qui obligent le

Maroc à respecter la liberté d’expression dans son acception la plus large.

Exodus n’ est qu’un exemple. Le droit pénal marocain est obsolète et en déphasage

avec la réalité moderne. Comment peut on concevoir qu’en 2014 l’on puisse faire

incarcérer un citoyen pour des crimes somme toute d’opinion lourdement réprimés

tels « l’atteinte aux valeurs sacrées du royaume ».

J ‘ose espérer que cela évoluera vite et que le Royaume s’acheminera lentement

vers la liberté d’expression la moins restreinte possible telle qu’universellement

reconnue. Il en va de stabilité politique et sociale du pays. Les violations des droits

de l’homme, car c’est bien de cela qu’il s’agit, ne font qu’attiser les frustrations de la

population et de la société civile.

En attendant, osons espérer qu’un juge courageux (et indépendant d’esprit) cassera

la décision d’interdiction du film Exodus. Quant à vous, à vos ordinateurs et bonne

visualisation sur le net !

Réda Oulamine

Comments are closed.